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le Gévaudan

le Gévaudan
En 1764, le Gévaudan est ravagé par la terreur : une bête mystérieuse égorge et tue femmes, enfants et vieillards...Le Roi en personne envoie son Grand Louvetier et ses soldats vaincre le monstre....
"Qui croire? Un homme a vu la Bête
traverser la rivière à gué sur les deux pattes de derrière : pour lui, ce ne peut être qu'un singe ou un loup-garou. Un autre prétend qu'elle a la gueule presque semblable à celle d'un lion, mais bien plus grande. Il faudrait pouvoir vérifier tous ces dires, mais, pour l'instant, qui a vu de trop près la Bête s'est fait dévorer..." Cette Bête qui a fait connaître le Gévaudan jusqu'en Allemagne et en Hollande n'est pas un mythe : les documents les plus officiels prouvent qu'elle a fait au moins une centaine de victimes, sans compter les blessés. Mais dès le temps où elle sévit, on a imaginé à son propos les histoires les plus étranges ; par la suite, on a voulu faire d'Antoine de Beauterne un imposteur, de Jean Chastel un sorcier, de son fils cadet un meneur de loups. D'autres ont attribué les meurtres à un sadique déguisé en bête...



La bête du Gévaudan mythe et réalité

Nous avons par bonheur sur la Bête une masse d'a
rchives : extraits de registres paroissiaux relatant la mort des victimes ; lettres précises et circonstanciées de l'excellent syndic Lafont, subdélégué ( sorte de Préfet ) pour le Gévaudan, qui rend un compte régulier des meurtres et des résultats des chasses à l'Intendant du Languedoc, M. de Saint-Priest, à Montpellier; réponses de l'Intendant ; correspondances entre les diverses autorités, rapports de Duhamel, des d'Enneval, d'Antoine, chargés successivement de détruire la Bête ; rapports de médecins, chirurgiens, notaires ayant examiné les loups tués.
Des nombreux ouvrages écrits sur la Bête, deux sont essentiel
s : celui de l'abbé Pierre Pourcher, bourré de documents d'archives, irremplaçable ; celui de l'abbé Xavier Pic, plus récent, utilisant les dernières découvertes et combattant avec énergie les folles hypothèses échafaudées sur le fabuleux animal.
Les ravages de la Bête ont commencé en juin 1764 et se sont pour
suivis jusqu 'en juin 1767. Les plus meurtries parmi les paroisses-on ne parlait pas encore de communes-furent celles de l'actuel canton de Saugues, qui appartenait alors au Gévaudan et fut rattaché à la Haute-Loire à la Révolution.
Le fléau, venu du Vivarais et de la région de Langogne, se déplaça vers Châte
auneuf et Rieutort de Randon, puis se limita, du moins en Gévaudan, à un cercle d'une trentaine de kilomètres autour du Malzieu.



Premières victimes

Carte du gévaudan ici

"La première personne qu'elle attaqua, fut une femme près
de Langogne ; mais des b½ufs qui arrivèrent à temps la secoururent; elle n'eut d'autre mal que ses habits déchirés".
La première victime officiellement rec
ensée est Jeanne Boulet, de Saint-Etienne de Lugdarès, enterrée le 1er juillet 1764, dit le registre de la paroisse, et morte " sans sacrements, ayant été tuée par la bête féroce".
Le premier meurtre circonstancié se déroula le 6 sep
tembre, à Arzenc de Randon. Vers 7 heures du soir, une femme de 36 ans fut surprise dans son jardin : la Bête lui sauta au cou, lui perça la veine, se mit à laper son sang. Des gens accoururent, armés de haches et de fourches, et la mirent en fuite.
Dix jours plus tard, un petit berger de Saint-Flour de Merco
ire revenait le soir du pâturage ; la Bête se rua sur lui, le renversa, lui ouvrit le ventre ; ses vaches, qui auraient pu le protéger, marchaient trop en avant : il mourut seul et sans secours, sur le chemin.
Dés le début, quand la
Bête opérait encore dans la région de Langogne, le syndic de Mende, Lafont, en accord avec le compte de Moncan, commandant les troupes à Montpellier, lui avait fait donner la chasse par le capitaine aide-major Duhamel et par ses dragons, des Volontaires de Clermont, dont 4 Compagnies étaient en résidence à Langogne et à Pradelles ; Duhamel avait fait armer les paysans des villages et dirigé des battues, fouillant en particulier la forêt de Mercoire.
A Rieutort de
Randon, le 28 septembre, une petite bergère de 12 ans ramenait son bétail ; elle était à 50 pas de la maison et sa mère, du seuil de la porte, la regardait venir. Soudain, d'une roche dominant le chemin, elle vit une bête sauter sur elle. Vite elle y courut avec ses deux fils : l'enfant était déjà méconnaissable, déchiquetée, à demi dévorée.
Le 10 octobre, au Bergounhoux, de Fontans,
deux frères de 13 et 6 ans et leur s½ur de 10 ans ramenaient les bestiaux du pâturage : " la Bête, écrit Lafont à l'Intendant, se lança de derrière un buisson, où elle s'était tenue cachée, sur la fille qui fut renversée. Ses deux frères, qui avaient chacun un bâton au bout duquel ils avaient attaché un couteau, eurent assez de courage ou de tendresse pour leur s½ur pour foncer avec ces couteaux sur la Bête qui, dès qu'elle se sentit piquée, prit la fuite. La jeune fille fut blessée d'un coup de dent à la joue et d'un coup de griffe à un bras ".La Bête n'était donc ni invincible ni insensible aux coups : de simples enfants, s'ils n'étaient pas surpris et faisaient front, parvenaient à la mettre en fuite.



Portraits de la Bête

Voici, à travers quelques documents de l
'époque, comment on imaginait et décrivait la Bête " qui mangeait le monde ".
Selon tous ceux qui l'ont vue, écrit à Séguier de Nîmes un gentilhomme du Gév
audan, M. de la Barthe, à la fin d'octobre 1764, " cette Bête a la tête large, très grosse, allongée comme celle d'un veau et terminée en museau de lévrier ; le poil rougeâtre, rayé de noir sur le dos, le poitrail large et un peu gris, les jambes de devant un peu basses, la queue extraordinairement large et touffue et longue. Elle court en bondissant, les oreilles droites ; sa marche au pas est très lente. Quand elle chasse, elle se couche, ventre à terre et rampe : alors elle ne paraît pas plus grande qu'un gros renard. Quand elle est à la distance qui lui convient, elle s'élance sur sa proie et l'expédition est faite en un clin d'½il...Sa taille est plus haute que celle d'un grand loup. Elle est friande du sang, des tétons et de la tête...revient, lèche la terre s'il y a du sang.
Mais le même Labarthe rectifiait, dans une lettre du 20/02/1765
: " ...Personne ne l'a vue...Pas de griffes, puisqu'elle n'en a jamais fait usage : toutes les plaies viennent des dents. La taille a beaucoup baissé...Les jambes sont allongées...En un mot, on ne sait absolument rien !...Eu égard à sa grande timidité, ce n'est qu'un loup carnassier...Nous n'en doutons plus ici ".
Le capitaine Duhamel, dans une lettre à l'Intendant d'Auvergne où s'éta
le une grande naïveté, disait que la Bête " avait la taille d'un taureau d'un an...les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes (!) à chacune ...le poitrail aussi long que celui d'un léopard ; la queue grosse comme le bras...Ce monstre doit avoir pour père un lion. Reste à savoir quelle est la mère ! ".
Le curé d'Aumont, Trosselier, dans une relation (accompagnée d'un
dessin de sa plume) faite par lui, à l'époque même, dit que la Bête " tantôt paraît fort grande et tantôt très petite...Elle se redresse parfois sur ses deux jambes de derrière et " badine " de ses pattes de devant "...Serait-ce un singe ? Mais non : elle n'en a ni le corps ni la piste. Elle a des yeux de loup " étincelants de feu et de rage "...Fort leste, elle passe très vite d'un autre côté pour vous sauter dessus...Un tel l'a vue " grande comme un âne, poitrail large, tête et col gros, le museau comme celui d'un cochon ".
Les dessins q
ue publiaient les journaux de cette bête " farouche et extraordinaire " ou les estampes qu'on vendait n'étaient pas moins fantasmagoriques !.



Malgré les battues le carnage continue

Mercier et les chasseurs de Mende arrivent, le
25 octobre 1764, à Saint-Alban, où le comte de Morangiès va organiser une grande battue. Elle a lieu le dimanche 28, avec 10 000 hommes environ, de Saint-Chély, Aumont, Rimeize, Javols...La chasse doit reprendre le 30 : une neige abondante y met obstacle.
Sur l'intervention de Lafont, le capitaine Duhamel se t
ransporte à Saint-Chély avec 57 dragons, (40 à pied,17 à cheval) et loge chez l'aubergiste Grassal. Les dragons auront un surcroît de solde payé par le diocèse : dix sols par jour quand ils seront en campagne, cinq sols les autres jours.
Duhamel fait sa première chasse le 11 novembre, avec les paroisses du Fau
, de la Fage-Montivernoux, de la Fage Saint-Julien. Sans résultat.
Après plus
d'un mois d'interruption, le carnage reprend le 25 novembre. Une pauvre femme de 60 ans, Catherine Valy, de Buffeyrettes, près d'Aumont, surnommée la Sabrande, gardait sa vache unique quand la Bête l'a attaquée...On laisse ses restes sur place jusqu'au 28, avec les dragons en embuscade, dans l'espoir que la Bête y revienne : elle ne revient pas. Beaucoup supposent alors qu'il y a plusieurs " bêtes ", deux tout au moins...Et les dragons de Duhamel ne sont pas aussi inefficaces qu'on le dit : ils ont pris ou tué, en peu de temps, 74 loups !.
Depuis le meurtre de la Sabrande, rien à signaler, pendant près de quatre s
emaines. L'espoir commence à renaître.Mais le 21 décembre, consternation ! Au Fau-de-Peyre, une fillette de 12 ans a été attaquée dans son jardin et sa tête emportée. Duhamel poste en vain ses gardes, pendant deux nuits, près du cadavre.
Est-ce la même bête qui, six jours avant, le 15, avait dévoré en partie (
emportant la tête à 100 pas) une femme de 45 ans, Catherine Chastang, à près de 50 km au nord-est, à Védrines-Saint-Loup ? Les gens de l'Auvergne, en tout cas, ne tiennent pas à voir les dragons venir piétiner leurs cultures et organisent tout seuls les battues.
Les attaques continuent sur les pentes de la Mar
geride et au sud d'Aumont. Le 28 décembre, c'est à Saint-Martin du Born (jamais la Bête ne descendra plus au sud et si près de Mende) qu'une fillette de 12 ans est attaquée et défendue tant par son frère que par le secours des vaches bien encornées.



" Le Seigneur irrité l'a lancée contre vous "


L'évêque d
e Mende, Mgr de Choiseul-Beaupré, envoya, le 31 décembre 1764, un mandement sur la Bête aux paroisses et communautés religieuses du diocèse.
Il évoquait la
colère divine et les malheurs qui avaient suivi une longue guerre dévastatrice : mortalité des bestiaux, grêles et orages ayant privé le laboureur du pain nécessaire à sa subsistance...Puis ce fléau extraordinaire qui porte la marque " visible de la colère de Dieu contre ce pays " : " une bête féroce, inconnue dans nos climats, y paraît tout à coup par miracle ", laissant partout des traces sanglantes de sa cruauté ; Bête qui " joint à la force la ruse et la surprise ".Le monstre anthropophage " fond sur sa proie avec une vitesse incroyable...se transporte dans des lieux différents et très éloignés les uns des autres ; il attaque de préférence l'âge le plus tendre et le sexe le plus faible ".
La Bible offre maint exemple, poursuit l'évêque, d'animaux envoyés par Dieu
pour châtier les humains : les serpents du temps de Moïse ; les ours qui vengèrent le prophète Elisée en dévorant 42 des enfants qui s'étaient moqués de lui ; le lion qui tua le messager coupable de ne pas avoir tout dit à Jéroboam...
La Bête, " c'est le Seigneur irrité qui l'a lancée contre vous ". Elle exécu
te les arrêts de mort prononcés par la justice divine. " Si elle tue vos enfants, n'est-ce point parce que vous les élevez mal, dans l'ambition, l'orgueil, le mépris des pauvres ? ". L'évêque stigmatise la coquetterie des filles, " chair idolâtre et criminelle qui sert d'instrument au démon pour séduire et perdre les âmes " et qui mérite ainsi " d'être livrée aux dents meurtrières des bêtes féroces ". Mais l'iniquité n'est pas l'apanage du sexe et de la jeunesse : elle est générale !
Cependant l'animal, si terrible soit-il, " n'est pas à l
'épreuve du fer et du feu...Il tombera infailliblement sous les coups qu'on lui portera ", dès que Dieu le voudra. Il faut prier pour hâter cette heure. Le prélat prescrit donc des prières (celles des Quarante heures) dans toutes les églises, pendant trois dimanches consécutifs.
En attribuant à la Bête le car
actère d'un fléau divin, l'évêque garantissait l'origine surnaturelle de l'animal !



...Et commence l'année terrible

L'année 1765 est celle qui vit le p
lus grand nombre de victimes. Mais quand on examine attentivement l'ordre des meurtres ou des attaques ( et ce n'est point d'une complexité telle qu'on ait besoin d'ordinateur ; il suffit de regarder le tableau des victimes dressé) on voit qu'entre plusieurs meurtres commis dans la région de Saugues (Chanaleilles, Grèzes, Chanaleilles, Grèzes) s'en intercalent d'autres commis du côté de Fournels et de Marchastel : repérez les lieux sur la carte et vous trouverez étonnant que la Bête opérant dans les parages de Saugues soit allée entre temps vers l'Aubrac et revenue avec tant de précision sur l'ancien théâtre de ses meurtres ; il est bien plus logique d'admettre qu'elle y est restée et qu'une autre opérait à Saint-Juéry et Maurines.
Le 15, à la Bastide-de Lastic, une v
aillante fille de 20 ans, Catherine Boyer, était occupée à répandre du fumier : la Bête s'approchait d'elle en tapinois, lui rongeait une partie du crâne, lui enlevait une oreille. La fille l'empoignait hardiment par une patte ; délivrée à temps, conduite à l'hôpital de Saint-Flour, elle guérissait de ses blessures.
Duhamel, souvent prévenu en retard, ne savait où donner de la tête. Il
était d'ailleurs, au début du mois, reparti à Langogne ; mais on l'avait rappelé et le 10 il se trouvait de nouveau à Saint-Chély. De là, il allait battre, vainement, les bois de Saint-Juéry.
Le 23 janvier, entre Julianges et Lorcièr
es, Jeanne Tanavelle, épouse Chabannes, 25 ans, rentrant à son village de Chabanolles à la nuit tombante, se défendit longtemps avec un mauvais couteau contre la " dévoreuse ", qui lui coupa finalement la tête et l'emporta à deux cents pas. Le corps fut retrouvé à demi enfoui, la poitrine mangée : on l'enleva. La Bête revint le lendemain sur les lieux et hurla, dit-on, toute la nuit. Le même jour, à Venteuges, la Bête sautait le mur d'une cour de ferme et emportait un enfant de 3 ans.
En cette fin janvier, les autorités sont vivement émue
s. On annonce que le roi paiera 6 000 livres à qui tuera la Bête ; Cette prime s'ajoute à celle de 200 livres promise par le diocèse de Mende, 200 par celui de Vivuers, 1 000 par l'évêque de Mende, 2 000 par les Etats Généraux du Languedoc : au total cela fait 9 400 livres, une assez belle fortune pour l'époque.
Mais il nous faut revenir au 12 de ce mois et aux enfants de Chanaleilles.




L'exploit d'André Portefaix

Cinq garçons et deux filles, tous armés d'un
bâton avec une lame de couteau fixée au bout, gardaient les troupeaux à la Coustasseire, du Villeret, une village au nord de Chanaleilles. Tout à coup la Bête fut là. Les enfants dégainèrent leurs lames et s'apprétèrent à combattre, dirigés par le plus vaillant, Jacques André Portefaix, 12 ans. Le jeune chef rangea sa troupe en bataille sur trois rangs : lui en tête, avec les deux autres grands garçons de 12 ans, Jacques Coustou et Jean Pic ; les deux filles, 9 ans, au milieu ; au dernier rang les benjamins, 8 ans : Joseph Panafieu et Jean Veyrier.
La Bête tourne pour éviter les lames de la première ligne ; les enf
ants tournent aussi, pour continuer à lui faire face. Mais elle, plus rapide, saute à la gorge du petit Panafieu qu'elle terrasse. Les trois grands, de leurs piques, l'obligent à lâcher prise. L'animal recule de deux pas, emportant et dévorant un lambeau de la joue droite du garçon ; puis il revient avec plus de fureur, tournoie et saisit cette fois l'autre petit garçon, Jean Veyrier, qu'il renverse. Poetefaix, Coustou et Pic font reculer le monstre à coups de piques : mais il reprend aussitôt le garçonnet et d'un coup de dents lui perce les lèvres. Repoussé encore, il revient à la charge, prend l'enfant par un bras et l'emporte.
Portefaix a l'idée de diriger la Bête vers un bourbier tout pr
oche : il fait signe à Coustou de passer d'un côté, lui passe de l'autre et la man½uvre réussit. L'animal s'arrête bientôt, ses pattes s'enfoncent. Les deux grands le rejoignent. Mais Pic, le troisième grand, découragé, est d'avis d'abandonner la petite victime et de se sauver pendant que la Bête le mangera... "Non ! s'écrie Portefaix. Il faut le délivrer à toute force ! ".
Tous alors s
uivirent ce capitaine courageux, même le petit à la joue emportée. " Visez la tête, crie Portefaix, les yeux, la gueule... ".
La Bête tient toujours l'enfa
nt sous une de ses pattes, mais sans lui faire de mal, trop occupée à se défendre. Un coup mieux ajusté d'André est efficace : la Bête fait un bond en arrière et lâche l'enfant. André se place aussitôt entre le petit et l'animal. Janou se lève, en s'accrochant à la veste de son sauveur. La Bête monte sur un tertre : ils la suivent. Alors elle abandonne la partie et disparaît.
Pour tant
de " courage, de détermination, d'habileté ", André Portefaix reçut du roi 300 livres ; il fit des études payées par l'Etat et devint officier d'artillerie. Les autres enfants se partagèrent 300 livres.



Le Gévaudan lassé des dragons

A Javols, le 1er février 1765, un enfant de 8 ans est enlevé devant la po
rte de la maison, traîné sur deux cents pas ; poursuivie par le père et par un chien, la bête lâche prise ; l'enfant est blessé au coup, il a l'½sophage ouvert : pourtant il guérira.
La mère était malade au lit ; le père avait d'autr
es soucis que de prévenir Duhamel...Averti par d'autres voies, celui-ci envoie ses dragons chez le fermier ; ils y passent la nuit, se font bien nourrir, en ayant garde, sans doute, de payer, et au point du jour ils demandent des cordes au malheureux père : c'est pour le garrotter et l'emmener !
M. de Labarth
e proteste avec énergie auprès de l'Intendant du Languedoc contre ces brutalités inhumaines dont son fermier a été l'objet : " Les Dragons, dit la lettre, traitent le Gévaudan en pays de conquête, exigent sans payer... Les chevaux, aussi nécessaires qu'une troisième roue à un chariot, détruisent les récoltes... Les plaintes se multiplient et le paysan est au désespoir ". La lettre fait du bruit ; Lafont, alerté, excuse et défend de son mieux Duhamel et ses dragons ; mais ceux-ci sont vraiment devenus indésirables.
Duhamel va pourtant organ
iser deux grandes chasses ; la première a lieu le 7 février, avec une centaine de paroisses, 73 du Gévaudan et une trentaine de l'Auvergne, soit environ 20 000 hommes. Chaque communauté doit battre son terrain, village par village. Ce jour-là, 15 centimètres de neige couvrent la terre. Entre 10 et 11 heures, la Bête est levée par les chasseurs de Prunières et descend vers la Truyère qu'elle passe à la nage. Sur l'autre rive, personne : les hommes du Malzieu sont restés tranquillement chez eux. Le vicaire de Prunières et 10 paroissiens traversent courageusement la rivière, retrouvent la piste, la perdent dans les grands bois...A 13 heures, le valet de ville et des paysans du Malzieu voient la Bête, la tirent : elle crie, tombe, se relève, disparaît...
Le surlendemain, 9
février, vers 15 heures, ne fillette de 12 ans, Maris-Jeanne Rousset, de Mialanettes ( paroisse du Malzieu), a la tête coupée et emportée par la Bête, que des paysans poursuivent : on retrouve cette tête toute rongée, sauf les yeux. Le corps reste exposé, avec pièges tendus et Dragons embusqués à l'entour : vainement.
Une seconde chasse a lieu le 11 février, malgré la neige et le vent
violent ; elle est parfaite et sans incidents, mais aussi sans résultats, bien que les comtes de Morangiès et d'Apcher (avec son fils) y aient participé.
C
ependant la communauté du Malzieu reçoit un blâme et son consul est incarcéré.

Comment s'est formée la légende de la Bête


La Bête du Gévaudan est devenue une légende, un mythe puissant, qu'on n'arrivera pas à déraciner. Bien des gens refuseront toujours de croire que tous ces meurtres furent l'½uvre des loups.
Comment s'est formée cette légende ? Grâce à l'abbé Pourcher, qui
a recueilli la tradition orale encore bien vivace de son temps et croit d'ailleurs souvent lui-même aux faits étranges qu'il rapporte, nous pouvons voir comment s'est créée, cristallisée, cette mythologie.



Un fléau envoyé par Dieu


Un des premiers à pro
clamer l'origine surnaturelle de la Bête fut l'évêque de Mende, dans son mandement. Il insiste sur le caractère anormal de cette Bête, " inconnue sous nos climats ", qui tue si sûrement, s'échappe avec tant d'adresse, se déplace avec une telle rapidité ! Il faut y voir la main de Dieu, qui veut punir ainsi un peuple endurci dans le pêché.
Fléau de Dieu, la Bête ? A coup sûr, pense aussi l'abbé Pourcher. Mais c'est contre son église gévaudanaise tout entière (et son évêque au premier chef) que le Seigneur est irrité : 1764 est l'année où l'on a rayé du catalogue des saints le premier évêque du Gévaudan, Sévérien, dont des esprits trop modernes suspectaient l'historicité. Peu après, d'ailleurs, sous Mgr de Castellane, on devait rétablir son culte.
Pour bien mo
ntrer que notre bête gévaudanaise est bien un fléau de Dieu, déjouant tous les moyens de destruction, l'abbé Pourcher cite, pour l'année 1766, nombre de lettres ou rapports transcrits à la Bibliothèque Nationale montrant qu'à Verdun ou à Sarlat, à Roanne ou à Verdun, de gros loups furieux ont dévoré les populations : mais partout on les tuait assez vite : le Gévaudan, lui, avait une Bête particulière et invincible, parce qu'elle opérait pour Dieu en personne.
Fille de Dieu ou du diable, la Bête fut vite cons
idérée par le peuple des campagnes comme un être doté de pouvoirs extraordinaires.
O
n l'avait tirée tant de fois, sans parvenir à l'abattre, qu'elle devait être invulnérable ! " Elle ne craignait pas les balles, à moins qu'on ne la touchât sur les côtés. Alors elle jetait un cri aigu, se redressait, continuait sa course sans difficulté et disparaissait au plus vite : impossible de la suivre de près et de l'atteindre ! " Même les lances les mieux aiguisées s'émoussaient sur cette peau impossible à percer.
I
nvulnérable, la Bête se montrait aussi fort maligne : plus que cela, intelligente ! " Elle savait très bien se détourner des viandes empoisonnées " ; et même, d'après certains, " le poison le plus actif n'avait aucun effet sur elle ".
On disait l'avoir ent
endue souvent hurler sous les fenêtres de deux paysans de la Fageolle, paroisse de Grèzes : " dans ces cas, elle mettait quelquefois les pattes sur le seuil de la fenêtre et regardait d'un ½il très attentif ce qui se passait le soir dans les cuisines ".
Vo
ilà, pour les hommes de cinéma, un plan efficace et facile à réaliser. Les metteurs en scène n'y ont pas manqué !
Un pas de plus et la Bête fait preuve d'esprit de justic
e et même d'esprit tout court ! Un nommé Raymond, du Ligal, paroisse de Saint-Julien des Chazes, marié deux fois, avait un fils de chaque lit. La marâtre voyait d'un mauvais ½il celui qui n 'était pas le sien. Elle l'envoya un jour chercher de l'eau, et comme le sien voulait suivre : " Reste ici, lui dit-elle. Si la Bête pouvait " le " manger...ce ne serait pas un grand dommage ! "...Finalement le petit accompagna son demi-frère à la fontaine et c'est lui, le fils de la marâtre, que la Bête choisit et dévora dans un ravin, près du village. Cette histoire est rapportée à l'abbé Pourcher par un nommé Mouton, de Saint-Julien des Chazes : ce Mouton a acheté, pour le compte de l'abbé,le fusil avec lequel Jean Chastel avait tué la Bête ; il l'a payé 22,50 F et le lui a envoyé à Saint-Martin.
Il arrivait que cette bête rusée attaquât les agneaux et l
es fît souffrir : elle pensait que leurs bêlements feraient sortir les petits bergers qui se cachaient d'elle !
Un serrurier de Langeac, Miramont, relate à l'abbé Pourche
r une histoire de la Bête que son grand-père racontait. A Lesbinières, paroisse de Dèges, canton de Pinols, deux filles allaient aux champs porter le manger à leurs parents. La Bête sortit d'un blé prêt à moissonner et attaqua une des filles. Quand on vint ramasser les restes, " on trouva que la couture du devant de sa robe avait été décousu, comme si une personne l'avait fait ".
Une personne...De là à voir dans la Bête que
lque sadique...il n'y a qu'un petit pas à franchir, que d'aucuns ont franchi allègrement, et même dès les premiers mois.
Selon un correspondant anonyme de Marvejols, 25 j
anvier 1765, les paysans s'imaginent, devant l'agilité surprenante de la Bête, qu'il s'agit d'un sorcier. L'un d'entre eux ne l'a-t-il pas entendue dire, " très distinctement " : " Avouez, mon ami, que pour un vieillard de 80 ans, ce n 'est pas mal sauter ! "
Ils ont renoncé aux armes à feu, raconte encore notre Marvejolais, et n'utilisent
, pour se défendre, que des bâtons ferrés ou de ces " paradous " avec lesquels on taille les sabots.



Un homme-loup!


Intelligente comme un homme et dotée de plus de p
ouvoirs qu'une sorcière, cette Bête n'était-elle pas une sorte d'homme-loup ?
Près de
Fournels, deux femmes des Escures, qui s'en allaient à la messe, avaient été rejointes par un homme extrêmement bourru...Les longs poils de son estomac, sortant par une fente de sa chemise, leur faisaient si peur tout le long du chemin que la respiration leur manquait. A peine tenaient-elles sur leurs jambes quand l'homme, brusquement, les quitta...Et dans la matinée, on vit la Bête aux environs ! " C'était le loup-garou qui voulait, de rage, les empêcher d'aller à la messe ! ".
L'abbé Pourcher, critique à
ses heures, en tout cas soucieux de précision, dit à propos de telles histoires : si on voulait en vérifier l'authenticité, on s'entendait répondre : " C'est vrai, mais ça s'est passé ailleurs... "Ailleurs, on vous renvoyait toujours ailleurs...Et qui le premier l'a dit ? Je ne sais pas ?.
Mais voici pour une fois qu'on nomme " le voyant "
!Palheyre, surnommé Bégou, du village de Pontajou (Venteuges), se réveille une nuit et sort au clair de lune. Et il voit, tout près, dans le ruisseau du Pontajou, un homme grand, couvert de poils, qui se trempait dans l'eau, en sortait, s'y jetait à nouveau, en ressortait. S'apercevant qu'il est épié, l'homme saute pour de bon hors du ruisseau, se change au même instant en bête et s'élance vers Bégou...Celui-ci a juste le temps de verrouiller sa porte !.
De cette invraisemblable mutation d'un homme en bête
, Pierre Pourcher ne tire aucune conclusion. Mais pour Henri Pourrat la vision de Bégou devient le point de départ d'un conte fantastique. Faisant un pas décisif, il met un nom sur le personnage velu qui se baignait dans le Pontajou : c'est tout simplement Antoine Chastel, le second fils de Jean Chastel. " L'homme changé en bête...qui en prend la forme, les appétits, les fureurs, au point que les vrais loups le respectent et ne l'attaquant jamais "...c'est Antoine. Il fait partie de ces mystérieux loups-garous, qui " reçoivent une peau de bête et le pouvoir de se changer en bête ".



Antoine Chastel mène-loups ou loup-garou

Voilà Antoine Chastel institué par Henri Pourrat g
rand artisan des meurtres de la Margeride...Mais Pourrat ne fait qu'insinuer...Il suggère même une autre solution : la vraie bête, si ce n'est pas lui, est man½uvrée par lui...par ce mène-loups, ce sorcier...C'est lui qui la dépêchait à tel ou tel dans les villages, qui l'envoyait hurler devant la porte ou se dresser sur ses pattes dans l'embrasure des fenêtres...Et c'est lui encore qui l'a " envoyée tomber d'elle-même sous les balles bénites " de son propre père Jean chastel.
Pourrat a l'art subtil de prése
nter le merveilleux et l'invraisemblable comme une chose qui d'elle-même s'impose, qui va de soi...Aussi est-il très difficile de dissiper cette atmosphère magique qu'il a si bien su créer autour de la Bête. " Cet Antoine velu, bourru, effrayant de solitude, sauvagement terré au milieu des mâtins et des loups " est une création romanesque assez fascinante.
Qui croit encore à l'efficacité des balles bénites ? Mais les sorci
ers et les magiciens, tant d'esprits qui ne s'estiment pas rétrogrades s'y intéressent aujourd'hui ! Les loups-garous sont une très antique croyance. Les Grecs déjà connaissaient les lycanthropes (hommes-loups). Jurisconsultes et théologiens du Moyen Age affirment leur réalité. Quand ils sont sur leurs deux pieds, leur peau de loup a les poils en dedans ; dès qu'ils se métamorphosent en loups, ils la retournent et s'élancent alors à quatre pattes avec leurs yeux étincelants, leurs dents crochues, leurs grandes gueules...Ils dévorent chiens et enfants...Jadis on les brûlait, tout comme les sorcières.
Ils sont restés vivants dans le folklore de toutes nos provinces : et Henri P
ourrat suit fidèlement l'imagination populaire, quand il mêle dans Antoine Chastel l'homme et la bête, quand il lie ce demi-sauvage par des liens obscurs aux forces du monde animal.



Les Chastel et la Bête rêveries et réalité


De la connivence entre les
Chastel et la Bête on prétend donner une preuve matérielle : la tuerie aurait cessé au temps où ils étaient en prison.
Notons d'abord que beaucoup d'enfants ou de femmes
ont été dévorés bien loin de la Beyssère, paroisse des Chastel : depuis Saint-Etienne de Lugdarès, en Vivarais, jusqu'à Saint-Chély d'Aubrac en Rouergue, depuis Ally en Auvergne jusqu'à Rieutort de Randon.
Par ailleurs les meurtres ont connu des périodes d
'accalmie sans rapport avec l'incarcération des Chastel : par exemple du 25 novembre au 15 décembre 1764 ; du 1er novembre 1766 au 2 mars 1767...Les Chastel sont mis en prison le 17 août 1765 : et la Bête tue trois fois le mois suivant, en septembre. Ils sont libérés, peut-on croire, peu après le 3 novembre 1766, date du départ d'Antoine de Beauterne : or depuis le 21 septembre, jour où Antoine a tué le grand loup des Chazes, jusqu'au 4 mars de l'année d'après, l'hiver est calme : une seule victime à déplorer, le 21 décembre 1765.
Mais bien des gens s'obstineront à croire malgré tout que cet
Antoine Chastel (dont, historiquement, on ne sait rien), du fond des bois brumeux de la Margeride, commandait les carnages, les faisait exécuter par quelque animal extraordinaire...peut-être une hyène échappée de la foire de Beaucaire...A moins que lui-même ne se fît loup pour se griser de jeunes chairs sanglantes...Lui ou quelque autre...de préférence un gentilhomme aux instincts pervers...et caché de préférence dans une abbaye...
Chacun dresse l'oreille ou écarquille les yeux si on lui présente un animal
aux pouvoirs de magicien, un sadique affolé par le sang des garçons ou la chair des jeunes filles, un homme qui se fait loup, qui en épouse les fureurs en les multipliant.


LES RAVAGES DE LA BETE... PENDANT TROIS ANS.

Date Nom (Age) Village Commune Circonstances
30 juin 1764 Jeanne Boulet 14 ans Les Ubas St Etienne deL. Tuée par une bête féroce.
Enterrée le 1 juillet.
8 août 1764 Une fille 15 ans Masméjean Puylaurent Inconnues
Fin août 1764 Un garçon 15 ans non précisé Cheylard-L'Evêque Inconnues
1 septembre 1764 Un garçon 15 ans Pradels Chaudeyrac Inconnues
6 septembre 1764 une femme 36 ans Les Estrets Arzenc de Randon Egorgée dans son jardin, à demi dévorée
16 septembre 1764 petit vacher Choisinets St Flour de Mercoire Renversé.
Ventre ouvert
26 septembre 1764 une fillette 12 ans Le Thort Rocles Egorgée. Dévorée
28 septembre 1764 une fillette 12 ans non précisé Rieutort-de-Randon Déchiquetée. Dévorée.
A 50 pas de la maison
7 octobre 1764 une fille 20 ans Apcher Prunières Trouvée dévorée. Tête retrouvée
8 jours après
15 octobre 1764 un enfant 10 ans Contandrez Ste Colombe de Peyre Tête coupée.
Poumons mangés.
19 octobre 1764 jeune fille 21 ans Grazières Saint Alban Dévorée.
Menait paître le bétail
25 novembre 1764 Catherine Vally
60 ans Buffeyrettes Aumont Tête coupée.
Poitrine mangée
7 décembre 1764 Martial Mathieu Auzenc Paulhac Berger. Dévoré
15 décembre 1764 Catherine Chastang 45 ans Sistrières Védrines St-Loup Dévorée en partie. Tête à 100 pas
21 décembre 1764 une fillette 12 ans Le Puech Fau-de-Peyre Dans son jardin.
Tête emportée
24 décembre 1764 un jeune garçon non précisé Chaulhac Dévoré
27 décembre 1764 une jeune fille 19 ans Boussefol Rieutort de Randon Dévorée
1 janvier 1765 fils Limagne16 ans Le Falzet Chanaleilles Tête coupée.
Bras emporté et mangé
2 janvier 1765 Jean Chateauneuf
14 ans Le Mazel Grèzes Dévoré
6 janvier 1765 Delphine Courtiol St Juéry Fournels Dans son jardin.
Poitrine ouverte
6 janvier 1765 jeune fille Morsange Maurines Tuée dans un bois
7 janvier 1765 une fille Rieutort Marchastel Tuée. La Bête passe en Rouergue
12 janvier 1765 7 enfants Villaret Chanaleilles Combattent victorieusement la Bête
12 janvier 1765 un enfant Le Mazel Grèzes Dévoré
14 janvier 1765 un garçon 13 ans Lescure Chapelle-Laurent Canton de Massiac. Dévoré
17 janvier 1765 un homme solide Le Mazel Grèzes Fait le moulinet avec
son fusil. Sauvé
23 janvier 1765 Jeanne Tanavelle Chabanolles Lorcières Lutte acharnée. Egorgée.
Tête à 200 pas
23 janvier 1765 un enfant 3 ans non précisé Venteuges Emporté. Dévoré
27 janvier 1765. St-Poncy. La Bête traverse le bourg
30 janvier 1765 une fille 14 ans Charmensac St-Just Grièvement blessée. Meurt à St Flour
30 janvier 1765 une fille Villaret St Chély d'Aubrac Mangée sous les bois d'Aubrac
1 février 1765 un enfant non précisé Javols Enlevé...mais sauvé
17 février 1765 Jeune garçon non précisé Chapelle Laurent Dévoré
aux trois-quarts
28 février 1765 une petite fille 8 ans Chabrier Arzenc-d'Apcher Emportée. Presque entièrement dévorée
? un enfant non précisé Penaveyre A l'ouest de Grandvals
9 février 1765 Marie-Jeanne Rousset 12 ans Mialanettes Le Malzieu Tête coupée, emportée, rongée



CONCLUSION Si l'on pouvait remonter le temps...


En fin de compte, de nos jours,personne ne peut avoir de certitude absolue sur la véritable nature de la "Bête".
Les gens de l'époque connaissaient parfaitement,pour les cotoyer quasi quotidiennement,les loups et les craignaient moins que nos contemporains.
Si certaines descriptions de l'animal sont indéniablement proches de lupus lupus, d'autres sont pour le moins farfelues, voire complétement saugrenues.L'émotion, le choc, la peur influent l'inconscient et chacun sait que tout témoignage est sujet à caution dans la mesure où l'imaginaire,l'ignorance, la superstition peuvent l'entacher sans que la bonne foi soit pour autant remise en cause.
Ce que l'on sait de manière irréfutable, c'est que de nombreuses agressions ont eu lieu;mais c'est à peu près tout, le reste n'est affaire que d'hypothèses ou de suppositions.
En effet, comment admettre la réalité d'un seul animal quand on connaît les distances et le laps de temps qui séparent certaines attaques?
Comment ne pas penser pour certains des faits relatés que, s'il s'agissait de loups, leur comportement véritablement contraire à leur nature sauvage ( tous les spécialistes s'accordent sur ce point), ils étaient atteints de la rage?
Les loups certes étaient nombreux à cette époque et chacun sait que ces animaux vivent et chassent en meute, or on ne relève chaque fois la présence que d'un seul animal,au comportement du reste fort singulier puisque narguant ses observateurs,venant lorgner l'intérieur des logements et leurs occupants en s'appuyant nonchalamment sur l'appui de la fenêtre, "torturant" sciemment des agneaux non pour s'en délecter mais pour attirer leurs bergers.Ces attitudes ressembleraient davantage à celles des hommes...Qui pourrait affirmer de manière absolue que, quelques fois,un sadique n'ait pas mis à profit la croyance en la présence d'un loup monstrueux pour assouvir sa perversité.Un loup déchire sa proie,chair et tissu tout ensemble.Or, certains restes étaient comme "présentés", donnant à distance l'apparence du sommeil.
Par ailleurs, en ces lieux reculés et isolés,les gens du peuple étaient profondément inféodés et au clergé pour leurs convictions religieuses et à la classe "dominante" de l'aristocratie pour leurs connaissances. Ne savait-on pas mieux qu'eux ce qui était bon pour eux et ce qui ne l'était pas?Incultes, analphabètes,il était facile de les impressionner et de les convaincre de la nature de ce que leurs yeux avaient vu et de taire par ailleurs ce qui pouvait déranger. La "Bête" ne s'est jamais attaquée qu'à de "petites gens".Coïncidences? Là encore, le mystère reste entier.
Comment ne pas imaginer que cet animal devenu mythique pouvait bien être le produit hybride entre chiens de grandes races, puissantes et agressives,inconnues en France à cette époque mais pas des habitants de certains pays limitrophes, entre eux et pourquoi pas, entre eux et des loups communs? Dressé(mais par qui et pourquoi)?, resté ou retourné à l'état sauvage?, en tout cas il impressionnait plus les hommes que le bétail,pourtant plus connu pour sa placidité(ce sont de jeunes enfants qui les menaient) que pour sa téméraire bravoure, puisque celui-ci n'hésitait pas à l'attaquer de front avec succès.
Une autre énigme subsiste : c'est la cessation aussi brusque que l'apparition des attaques,au terme de trois ans presque jour pour jour. Bien sûr,Chastel affirmait avoir tué la "Bête" mais d'autres avant lui s'était arrogés cette prérogative et les agressions s'étaient poursuivies, tantôt à un rythme soutenu (plusieurs dans la même journée),tantôt avec des plages de répit plus ou moins longues(plusieurs semaines)Cet animal s'octroyait-il donc des "vacances" entre les carnages pour se remettre de ses folles équipées meurtrières?
Que penser, par ailleurs, de ce "geste de rage" consistant à égorger un porc ou un mouton se trouvant pour leur malheur sur son chemin alors qu'il voyait la proie initialement visée lui échapper.Egorger mais pas dévorer? Ce n'était donc pas la faim qui poussait le loup hors du bois! Mais alors quoi?
Comme vous pouvez le constater, pas facile d'y voir clair.Pas d'appareils photo pas plus que de médecins légistes aux connaissances médicales poussées disposant d'un matériel performant pour éclairer notre lanterne.
Aussi, si certains d'entre vous disposent de documents ou de sources d'information plus complètes, qu'ils n'hésitent pas à m'en faire part, je leur en serais très reconnaissant et avec moi, je n'en doute pas, tous ceux que cette histoire intéresse d'autant plus qu'elle les intrigue.

# Posté le dimanche 12 mars 2006 04:29

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